VERSICOLORE

Restructuration des liens et des échanges

Restructuration des liens et des échanges

3 minutes

Introduction 1/2

N’est-ce pas insensé de voir à quel point notre smartphone régit nos comportements et redéfinie la hiérarchie de nos priorités ? A quel moment l’objet est-il devenu plus important qu’une personne réelle, présente ? Avec l’impression d’être connecté à un monde qui évolue sans cesse et existant bien que non palpable, le dispositif miniaturisé et ses applications nous donne la sensation de faire partie d’un groupe, de partager ça et là des relations dans différentes communautés, qui valent autant voir si ce n’est parfois plus que les relations réelles

Interactions sociales et liens. 2/2

Nous disposons de pléthore d'outils dédiés à la communication, pourtant il semble difficile de discuter avec notre voisin dans un train ou bien de sourire à un étranger assis en face de nous dans une gare. Voir un fil d'actualités paraît nous dispenser de prendre des nouvelles d'un vieil ami autour d'un verre. Et même si nous arrivons tout de même à nous donner rendez-vous, serions-nous capables de nous parler sans faire du « phubbing », cet art moderne consistant à écouter la personne d'une oreille sans la regarder, car nos yeux sont trop occupés à lire.

L’utilisation du smartphone et de toutes les applications qu’il propose semblent à première vue affaiblir le nombre d’interactions sociales « hors ligne ». Néanmoins, selon les recherches de Dang Nguyen et Lethiais, il semblerait que les réseaux sociaux permettent de solidifier avant tout les liens forts (familles, proches etc.), cloisonnés parce que inspirés du réel, des utilisateurs. Ils participent également en amont à la rencontre hors des réseaux, grâce à la facilité de communication et l'instantanéité des échanges qui permettent d'organiser plus facilement des rencontres et permettent d’élargir le cercle des connaissances (liens faibles).

En ce sens, la liste d’amis, fonctionnalité proposée par nombre de RSN, n’est pas qu’un simple inventaire des liens fort même s'ils engendrent en partie l’inscription sur un réseau social. (Boyd, 2008)

« On rejoint un site en même temps que ses amis, pour utiliser les outils de messagerie et garder le contact, partager des idées et des rites culturels, et communiquer (...) » - Boyd D. (2007). Social Network Sites: Public, Private, or What?

A l’inverse de la société traditionnelle dans laquelle les liens sont absents ou présents, sécurisant ou non, le web permet de créer des liens élastiques définis notamment par leur activabilité. Ce qui est devenu important n’est pas la force du lien, mais son utilité en cas de besoin. (Granovetter, 1973).

En ce sens, la liste d’amis peut également être composée de liens faibles, caractérisés par une faible quantité d’interactions dans le temps, une faible quantité émotionnelle avec peu de confiance mais qui peuvent néanmoins permettre de rentrer en contact avec un plus grand nombre d'individus. Cette liste de liens faibles comportera probablement des centaines voir des milliers d'amis d’une même moyenne d’âge, d’un style de vie équivalent et ayant potentiellement de goûts communs. L’utilisateur aura tendance à mettre son profil en accès public, ce qui lui permet d'élargir son groupe de correspondants à tout moment (Boyd, cité dans Danah 2007).

On remarque ainsi que les interactions un-vs-un tendent à se perdre au profit des interactions un-vs-plusieurs. Chaque message est adressé au monde entier dans l’attente qu’un interlocuteur s’en empare.