VERSICOLORE

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La quête identitaire

3 minutes

Introduction 1/4

Instagramm et Snaphat avec respectivement 13 et 17 millions d'utilisateurs (2019) proposent un mode de communication fortement visuel : photographies et vidéos sont les premières formes de dialogue plébiscitées. En se plongeant dans un monde virtuel où la qualité du rendu numérique donne à l'utilisateur la sensation d'être réellement immergé dans un nouvel univers où le corps est mobilisé tout en étant absent, il peut faire part de sa présence au monde sans y dévoiler son corps, gardant ainsi le contrôle sur ce qu'il peut montrer aux yeux du monde numérique.

Identité(s) ? 2/4

Pour parler d’identité, nous choisirons ici une définition défendue par les sociologues interactionnistes. Notre construction identitaire reposerait sur les interactions sociales et les échanges que nous avons eu. L’identité d’un individu ne serait pas une chose figée, mais un processus qui se modifie au gré des interactions sociales d’un individu avec ses paires (Castra, 2012).

Par ailleurs, selon Dubar, il existerait deux composantes indissociables de l’identité sociale.
L’identité pour soi, qui renvoie à l’image que nous nous construisons de nous même. Un utilisateur, en se constituant lui-même sujet conscient de ses expériences (en postant par exemple une photo de lui) se retrouvera dans son utilisation individualisée des outils numériques à s’adresser d’abord à lui-même (Tisseron, 2011). Chose qui s'illustre par exemple avec la fonctionnalité photo de profil : celle-ci montre généralement une identité qu’il aura préalablement choisi, à l’instar d’un miroir numérique dont il peut contrôler le reflet.
L’identité pour autrui, qui quant à elle, est une construction contrôlée de l’image que nous renvoyons aux autres. Elle est toujours élaborée par ce que les autres nous renvoient de notre propre image.

Dans un espace presque infini, les utilisateurs peuvent partir en quête d’eux-même face à un grand nombre de pairs.

Des politiques de visibilités différentes 3/4

Chaque réseau social numérique propose alors une politique de visibilité qui lui est propre. C’est ce panel de choix proposés aux utilisateurs qui leur permet de jouer avec leur(s) identité(s). (Cardon, 2008). En effet, si le réel nous renvoie notre propre image, à laquelle on ne peut échapper, chacun peut s’imaginer autrement sur le web. Le fantasme imaginé trouvera sa concrétisation dans la reconnaissance des autres utilisateurs, car l’identité utilisée sera reconnue et acceptée comme réelle par ses pairs. Il s’agit là d’une forme de réalité partagée. Ainsi, l’exposition du soi devient un choix assumé, grâce auquel les identités multiples que nous nous créons ne dépendent plus d’une contrainte, « d’une tyrannie de la visibilité mais plutôt d’une servitude volontaire à s’exposer ». La création d’identités multiples permet aux utilisateurs une certaine liberté d’expression, loin des conventions et normes sociales.

Ce qui intéresse l’internaute qui manipule son identité, ce n’est pas tant d’habiter un personnage que d’être reconnu comme tel en communiquant. » Jauréguiberry F. (2018). L’exposition de soi sur Internet : un souci d’être au-delà du paraître.

Conclusion 4/4

Accompagnée par l’anonymat, l’interchangeabilité des interlocuteurs permet aux utilisateurs d’explorer des identités multiples. En ayant la possibilité de choisir pseudonymes et autres avatars, ils peuvent interagir à distance avec facilité en créant la possibilité pour chacun d’entre-eux de mener plusieurs vies en simultané. Ces diverses existences peuvent apparaître en même temps et dans un même espace sur internet.